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AMOS BEAUTY DES FRÈRES LAZER (2016)
COURT MÉTRANGE 2017

Par Emma Serrano

Le film Amos Beauty des frères Lazer (2016) diffusé pendant le festival Court Métrange de cette année conjugue l’étrange et le quotidien autour d’une question qui se prête à de nombreuses lectures : les fantômes. Pas ceux qui sont visibles, effrayants, chassés par les Ghostbusters. Ceux plus anodins dont on ressent la présence sans les voir. Ceux dont seules les actions concrètes nous parviennent et non les détails de l’existence.

À la fin des années 1980, Amos est une ville où vivants et morts ont appris à cohabiter à la suite de la relocalisation d’un cimetière et sur laquelle de jeunes documentaristes se penchent.

Bien sûr, le jeu autour de la forme documentaire tend à faire accepter ponctuellement l’objet fini comme une enquête sérieuse. Mais c’est avant tout le sujet abordé qui fait constater à la spectatrice que, peut-être, il n’y a pas de fiction dans ce film. Ce faux documentaire en est véritablement un. Il montre le monde tel que nous le vivons, d’une manière détournée qui rend l’acuité de ses images d’autant plus frappante. Dans une lecture très universelle qui effectue le rapprochement entre qui regarde et qui est regardé pour la première fois, dans son intimité, tous les Amossois deviennent les fantômes du documentaire. C’est-à-dire des présences imperceptibles du quotidien qui se mettent à exister avec leur histoire par le regard et l’imagination de celle qui le porte. Pour cette raison, ce film n’est pas réellement un documenteur, genre sous lequel il se présente. C’est un véritable documentaire sur l’absence de différences entre le « normal » et « l’autre », sur la nécessité qu’ils ont aussi de se côtoyer.

C’est aussi pour cela qu’Amos Beauty se passe d’effets spéciaux et ne dissimule pas ses trucages à la spectatrice. Il revendique ainsi la réalité qu’il porte à l’image en tirant sur différents fils connus, le ressort scénaristique du cimetière par exemple. Il use de ces représentations fortement rattachées à l’imaginaire spectatoriel afin de nous signifier que le monde présenté par le cinéma n’a pas besoin d’être crée. Le réel lui suffit puisque tous ceux qui passent devant la caméra deviennent les effets spéciaux du film. Ils sont ce qui est caché à nos yeux et qui se révèle par le cinéma. D’où les nombreux plans vides, signifiant une présence que l’on finit toujours par deviner, que l’image soit truquée ou non.

La conclusion forte du film, c’est que le cinéma crée par son seul regard. S’il y a regard de la caméra, c’est qu’il y a quelque chose à montrer. La spectatrice le sait ; ici, les réalisateurs l’argumentent.